samedi 25 mars 2017

Gilbert Harman : Changer d'idées. Les principes du raisonnement

Editions d'Ithaque - Mars 2017


Dans un style direct et très abordable, Gilbert Harman nous propose ici une analyse originale de la façon dont nous raisonnons. A l'encontre de la tradition aristotélicienne, il soutient que les principes du raisonnement ne sont pas ceux de la logique. Selon lui, en effet, nous ne pensons pas en construisant des preuves formelles, ni en produisant des arguments ou en faisant des implications logiques, mais bel et bien avec nos moyens limités d'êtres humains. Raisonner, c'est avant tout corriger les conceptions que l'on entretenait antérieurement. Changer d'idées développe les conséquences de cette thèse : si la théorie du raisonnement est psychologique plutôt que logique, il revient au philosophe d'étudier la façon dont nous sommes conduits à réviser de manière raisonnée nos croyances, ainsi que les intentions qui nous poussent à agir. La dynamique d'une telle révision est guidée par des principes de cohérence et d'économie, non par des règles déductives. L'auteur mène son étude sans dogmatisme, en ouvrant des problèmes plutôt qu'en les réglant catégoriquement. Une telle approche, qui éclaire les processus de raisonnement, touchera le lecteur intéressé par la façon dont nous pensons et réfléchissons.

Gilbert Harman est professeur de philosophie à l'université de Princeton, aux Etats-Unis. Outre ses études sur le raisonnement, il a fait paraître de nombreux ouvrages sur l'éthique et la philosophie de l'esprit, ainsi que le recueil A Companion to W.V.O.Quine, publié sous sa direction en 2014.

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Boris Klein : Les chaires et l'esprit. Organisation et transmission des savoirs au sein d'une université germanique au XVIIe siècle

PUL - Mars 2017



A partir du cas de la défunte université de Helmstedt, l'enquête se propose d'étudier l'organisation de l'enseignement supérieur, dans ses contenus et ses méthodes, au sein de l'espace germanique luthérien entre la guerre de Trente ans et l'aube des Lumières entre la double coupure de la confessionnalisation et de la territorialisation, et la fondation des universités de Halle et de Göttingen. Grâce aux nombreuses archives conservées, on peut observer l'évolution des chaires au sein des facultés, et la confronter tant aux attentes officielles qu'aux stratégies individuelles des différents professeurs. Mais au-delà, il s'agit aussi de proposer un essai d'histoire sociale des pratiques intellectuelles et de la construction des savoirs, afin de préciser les évolutions qui ont abouti, à terme, à la naissance dans l'espace germanique d'un nouveau modèle universitaire au XVIIIe siècle, et plus encore à l'émergence de l'institution humboltienne au siècle suivant. Avec une préface de Sophie Roux, professeure d'histoire et de philosophie des sciences à l'ENS Paris.

Boris Klein est agrégé et docteur en histoire. Ses recherches portent sur les savoirs à l'époque moderne dans l'espace germanique, ainsi que sur l'histoire du luthéranisme. Il est l'auteur de plusieurs articles et d'un ouvrage, paru aux éditions Classiques Garnier : D'un usage curieux en médecine, réflexions sur " De l'Utilité de la flagellation" de J-H Meibom (2016).

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Philippe Grosos : Signe et forme. Philosophie de l'art et art paléolithique

Cerf - Mars 2017


La reconnaissance d'un art pariétal du paléolithique supérieur n'est intervenue qu'au tout début du XXe siècle. Depuis, tout en prenant cet art au sérieux, les préhistoriens n'ont cessé de voir dans ces formes peintes et gravées l'expression d'un univers symbolique. En cela, ils n'ont pas seulement remarqué que les hommes du paléolithique associaient des formes et des signes ; ils ont interprété ces formes comme des signes. Mais une telle démarche n'aboutit-elle pas à faire disparaître ces oeuvres en tant qu'oeuvres d'art ? Car peut-il exister un art qui ne soit art des formes ? Prenant appui sur l'analyse des peintures de Lascaux (Dordogne) comme sur celle des pierres gravées de La Marche (Vienne), il s'agit de faire valoir l'enjeu expressif des formes afin de proposer un tout autre modèle d'interprétation et de jeter les bases d'une philosophie de l'art paléolithique.

Philippe Grosos est professeur de philosophie à l'université de Poitiers.

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vendredi 24 mars 2017

Collectif : Accueillir l’autre. L’hospitalité charnelle

Editions des Femmes - Mars 2017 - Collection : Penser avec Antoinette Fouque


Taslima Nasreen, Élise Boghossian, Inna Shevchenko, François Guery, Mireille Calle-Gruber, Collectif Psychanalyse et Politique

« Je dis depuis longtemps que la gestation est le paradigme de l’éthique parce qu’elle est accueil, dans le corps d’une femme, d’un corps étranger. C’est l’hospitalité charnelle. C’est dire oui à l’autre qui vient. » A.F.

Les femmes ne seraient-elles pas toutes des exilées dans un monde où elles représentent la figure de l’Autre, rejetée, exclue, rendue invisible ? Et pourtant cette Autre est celle du premier accueil, de « l’hospitalité charnelle », selon un concept d’Antoinette Fouque. Ce livre est le fruit d’une table-ronde organisée par les éditions des femmes lors de l’édition 2016 des Rendez-vous de l’Histoire de Blois qui ont eu pour thème, « Partir ».

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Alexis Cukier (dir.) : Travail vivant et théorie critique. Affects, pouvoir et critique du travail

PUF - Mars 2017 - Souffrance et théorie


Souffrance au travail et nouvelles aliénations, capitalisme émotionnel, production biopolitique… Dans les domaines de la philosophie, de la sociologie et de la psychologie, de nouvelles recherches montrent que l'examen minutieux de l'expérience subjective du travail, des dynamiques affectives et des rapports de pouvoir qui s'y jouent peut remettre l'analyse du travail au cœur de la théorie critique de la société aujourd'hui. Cet ouvrage collectif réunit les contributions de philosophes, sociologues et cliniciens qui analysent les principes méthodologiques, les notions fondamentales et les implications éthiques et politiques du paradigme du « travail vivant », tel qu'il fut thématisé par Marx pour concevoir l'aliénation dans les sociétés capitalistes, aujourd'hui réactualisé dans la psychodynamique du travail.

Alexis Cukier est post-doctorant en philosophie dans l'ANR « Approches philosophiques de la centralité du travail ». Il a codirigé, notamment, Émancipation, les métamorphoses de la critique sociale (Le Croquant, 2013) et La Réification. Histoire et actualité d'un concept critique (La Dispute, 2014).

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Jacques Derrida : Théorie et pratique. Cours de l'ENS-Ulm 1975-1976

Galilée - Mars 2017 - La philosophie en effet


Jacques Derrida a tenu ce cours sur le rapport entre théorie et pratique à l’École Normale Supérieure où il enseignait dans les années 1970. S’agissant d’un cours d’agrégation, le sujet lui était imposé. 

L’intérêt philosophique et historique des neuf séances de ce cours réside dans la discussion serrée que fait Jacques Derrida de Marx, et notamment de la fameuse onzième Thèse sur Feuerbach, ainsi que dans l’analyse des écrits d’Althusser qu’il propose. Ce cours démontrera, s’il en était besoin, que Derrida n’a pas attendu le début des années 1990, quand il publia Spectres de Marx, pour traiter de Marx de façon systématique et approfondie. 

« Faut le faire » : Derrida se sert de cette phrase idiomatique comme fil conducteur de son séminaire. Il exploite toutes les ressources qu’elle lui offre pour parler du rapport entre théorie et pratique. Ainsi, il distingue entre deux « accentuations » différentes de l’idiome : d’une part, « faut le faire » signale la nécessité de la pratique, le passage du contempler et du dire à l’agir et au faire. Mais d’autre part, « faut le faire » peut aussi renvoyer à une détermination pratico-révolutionnaire plutôt qu’à une détermination théorique de la praxis, comme si, afin d’être révolutionnaire, la praxis devait déjouer l’opposition entre théorie et pratique, et se déterminer déjà à partir d’elle-même.

Édition établie par Alexander Garcia-Düttmann

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jeudi 23 mars 2017

Peggy Alvez : L'envers de la liberté

Publications de la Sorbonne - Mars 2017 - Philosophie


Les désaccords philosophiques dont l'idée de liberté fait constamment l’objet ne font-ils pas signe, au-delà des querelles métaphysiques, vers la dynamique réelle de la liberté – et indissociablement de son idée – dans ses productions socio-historiques et, par conséquent, jusque dans ses négations ? Cet essai propose un travail généalogique autour du mot « liberté » : les significations successivement attribuées à ce concept sont essentiellement reliées à des expériences d’aliénation, dont elles constituent des projections en positif, idéalisées. Articulant histoire de la philosophie et philosophie sociale, Peggy Avez explore plusieurs configurations – la peur de l’exil dans l’Antiquité, la conception chrétienne de l’homme endetté, la crainte asservissante d’autrui pour les modernes et la peur contemporaine de l’objectivation unilatérale – chacune forgeant des significations de la liberté comme autochtonie, rédemption, sécurité et réinsertion du sens. De la « dialectique négative » de l’idée de liberté – ce dont les idéaux de liberté veulent émanciper l’homme constitue ce qui le conduit à s’aliéner – à la dialectique de la praxis – dans laquelle l’idée de liberté devient mythe et mobilise des mécanismes psychologiques à la faveur desquels l’aspiration à l’émancipation se mue en désir d’adaptation et d’obéissance –, l’auteure suit comme fil directeur l’histoire de la philosophie, qui fournit des éléments fondamentaux non seulement pour réveiller les sens du terme « liberté », confusément sédimentés dans notre usage discursif, mais aussi pour comprendre le rôle essentiel de l’idée de liberté dans l’imaginaire social.

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Rémi Beau : Ethique de la nature ordinaire. Recherches philosophiques dans les champs, les friches et les jardins

Publications de la Sorbonne - Mars 2017 - Collection : Philosophies pratiques


Faut-il que la nature soit vierge ou intacte pour se voir reconnaître une valeur ? C'est l’idée que les premières philosophies environnementales, apparues dans les années 1970 et centrées sur la nature sauvage ou la notion de wilderness, semblaient conforter. Ce faisant, elles laissaient penser que, sur les terres habitées ou transformées par les hommes – qui couvrent la majorité de la surface de la planète –, il fallait renoncer à penser la nature. Dépassant cette approche dualiste opposant préservationnistes et modernistes, l’auteur explore une voie médiane : contre l’idée que la nature résiderait seulement dans quelques lieux remarquables, il propose d’appréhender la gamme différenciée de nos rapports à la nature quotidienne. Car il y a bien de la nature dans les sociétés humaines et, en regard, nous faisons société avec elle. C’est en immersion dans les mondes agricoles et en avançant une description des pratiques multiples qui, dans les champs, les friches et les jardins, nous mettent en relation avec des partenaires non humains, que cet ouvrage propose donc l’élaboration d’une éthique de la nature ordinaire.

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dimanche 19 mars 2017

Actuel Marx, N°61 : Marxismes écologiques

Presses Universitaires de France - Mars 2017


Dans les années 1980 et 1990, la plupart des discussions portaient sur le point de savoir si marxisme et écologisme pouvaient s'accorder, voire s'articuler entre eux. Des travaux ont largement permis de montrer que l'accusation de « productivisme », rituellement adressée à Marx, n'était guère pertinente et qu'un écologisme bien compris devait intégrer une conception suffisamment précise des institutions et des pratiques économiques que le marxisme pouvait lui fournir. Cependant, il n'est plus possible aujourd'hui de considérer le capitalisme comme une entité bien connue à propos de laquelle on pourrait continuer à raisonner globalement et abstraitement. La diversité (géographique et historique) du capitalisme, sa résilience, son inventivité, ses mutations concrètes, sa capacité de transformation, occupent désormais le centre de la scène. Naît donc le besoin de mieux écrire l'histoire du capitalisme, de mieux décrire ce qu'il est effectivement en suivant comme fil directeur la manière dont il a, depuis le début de son affirmation, investit la Terre, géré et, en particulier, exploité les ressources naturelles, transformé l'environnement, en même temps qu'il modelait les rapports sociaux.

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Eric Fourneret : Pour une nouvelle philosophie du soin

Lemieux Editeur - Mars 2017


Le contexte de maladie peut très vite polluer la relation entre les personnes. Or, dans la maladie, autrui est indispensable : le malade a besoin du soignant et de ses proches pour être soigné et soutenu ; le soignant a besoin du malade et de ceux qui le connaissent bien pour répondre au mieux à ses besoins ; les proches ont besoin du malade et des soignants dans leur confrontation brutale à la maladie. Cet ouvrage n'est ni un manuel de philosophie, ni un document scientifique mais un essai cherchant à décortiquer certaines situations dans la relation de soin qui se révèlent complexes à vivre et à penser.

Eric Fourneret est philosophe, spécialiste des questions éthiques en matière de santé et de philosophie morale. Il a été membre du groupe de travail (HAS) pour l'écriture de la nouvelle procédure des directives anticipées pour la loi Claeys-Leonetti, et membre de la commission présidentielle sur la fin de vie. Il a reçu plusieurs prix, dont le Prix de thèse Le Monde de la recherche universitaire 2011 pour son livre L'Euthanasie à la croisée des sciences humaines et sociales. Pourquoi fait-elle toujours débat ? (Puf).

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samedi 18 mars 2017

Emmanuel Gabellieri : Penser le Travail avec Simone Weil

NOUVELLE CITE - Mars 2017 - Collection : Penser avec


Le travail est-il, quoiqu’on fasse, l’opposé de la liberté et de la « vraie vie », dont l’humanité pourrait, et devrait parvenir à se libérer ? Ou bien, est-il une modalité essentielle de l’accomplissement de soi, le lieu essentiel de la vie sociale en même temps que d’une transformation du monde capable de libérer l’homme du règne de la nécessité ? La modernité a exalté cette seconde perspective. Mais la crise de la modernité fait resurgir la première, et semble conduire à osciller entre ces représentations opposées.
Par rapport à ces tendances souvent enchevêtrées dans le débat contemporain, la pensée de Simone Weil (1909-1943) présentée dans ce live « Penser le travail avec Simone Weil » peut apparaître paradoxale. D’une part, nul n’a davantage qu’elle, à partir de son expérience directe de la condition prolétarienne des années 30, analysé et dénoncé l’aliénation du travail. Mais d’autre part, aucun autre philosophe n’a sans doute affirmé autant la valeur humaine et spirituelle du travail authentique, et la possibilité réelle d’élaborer une « civilisation » et une « spiritualité » du travail.

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Thierry Lodé et Tony Ferri : De la domination. Essai sur les falsifications du pouvoir

Libre et solidaire - Mars 2017


Le point de départ de cette étude réside dans la volonté d’interroger la croyance, aussi répandue que massive, selon laquelle la domination serait naturelle aux hommes et aux animaux. En effet, lorsqu’on examine les opinions habituelles portant sur la domination se distingue ordinairement la certitude quasi indéracinable qu’elle ne serait rien que l’expression d’une force naturelle et que, s’il y a des forts et des faibles, c’est parce que force et faiblesse, puissance et soumission seraient inscrites dans un ordre naturel des choses. À la faveur d’une alliance entre philosophie et biologie, il s’agit ici de se demander quelle est l’origine de la domination, et de comprendre les mécanismes des relations de pouvoir. Au fond, y a-t-il une légitimité de nature à poser ou réclamer l’inégalité ? Où l’on voit que l’enjeu de ce livre réside dans l’effort pour résoudre scientifiquement et philosophiquement le problème du statut des phénomènes de domination dans le monde, et pour poser les bases à partir desquelles peut s’édifier une pensée de l’émancipation authentique.

Tony Ferri est philosophe, chercheur au Groupe d’études et de recherches philosophie – architecture – urbain (Gerphau) et conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation. Spécialiste des questions carcérales et pénales, il est l’auteur de divers ouvrages, dont Pouvoir et politique pénale (Libre & Solidaire, 2016). Région de l’auteur : région parisienne.

Thierry Lodé est biologiste, professeur des universités, directeur de recherches sur la vie sociale des animaux, expert de l’écologie évolutive et spécialiste de la sexualité animale. Auteur de plusieurs ouvrages, on lui doit notamment La Biodiversité amoureuse : sexe et évolution (Odile Jacob, 2011), et Manifeste pour une écologie évolutive : Darwin et après ? (Odile Jacob, 2014). Régions de l’auteur : Angers et Rennes.

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