samedi 18 novembre 2017

Thierry Simonelli : Lacan. La Théorie

Cerf - Novembre 2017 - Passages


Lacan a révolutionné la théorie et la pratique psychanalytiques par une approche dont le caractère expérimental n'a cessé de se heurter aux rigidifications de la pensée freudienne. Mais l'on sait aussi que Lacan lui-même n'a pas échappé, malgré ses mises en garde permanentes, à une telle momification de sa théorie. Aussi convient-il de soumettre cette pensée à une relecture systématique et critique qui permette d'en comprendre les articulations, d'en dégager les conséquences et d'en récuser, le cas échéant, les présupposés. Tout au long d'une relecture chronologique de la pensée de Lacan, l'auteur tente de circonscrire dans les textes mêmes le processus de dogmatisation de la théorie du signifiant, trop aisément attribuée à de mauvais disciples. Il montre comment la réflexion sur la pratique, qui caractérise la théorie psychanalytique, se métamorphose d'abord en une anthropologie apriorique pour finir comme conception du monde, doublée de positions éthiques et politiques problématiques. Critique du discours du maître, critique du discours de l'université, de la bureaucratie, de la philosophie, le discours de Lacan est lui-même un formidable instrument de pouvoir. Dans les coulisses de la non-maîtrise, du trou, de la castration et de la finitude, l'" au-moins-un " orchestre une maîtrise subtile et d'autant plus absolue que son lieu reste insaisissable.

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Maxime Chastaing : La compréhension d'autrui

Cerf - Novembre 2017


Maxime Chastaing s’étonne de l’embarras manifesté par les philosophes pour s’assurer de l’existence des autres : ne va-t-il pas de soi que nous coexistons depuis toujours avec nos semblables et que nous ne doutons pas de leur présence tant que nous ne spéculons pas ? Il s’agit dès lors de dénoncer avec énergie le faux problème philosophique de la connaissance d’autrui, tout en s’employant à rendre compte, grâce à la psychologie, des conditions de notre communauté d’existence.
Cette perspective proprement psycho-philosophique est déployée dès 1934, dans un travail inédit à ce jour, La compréhension d’autrui. Essai de psychologie descriptive.
Proche à cette époque de Gabriel Marcel et d’Emmanuel Mounier, après avoir été l’élève de Jean-Paul Sartre au lycée du Havre, Chastaing est un des premiers en France à discuter les thèses de la phénoménologie allemande, d’Edmund Husserl à Max Scheler. Il anticipe ce faisant sur la phénoménologie d’autrui que Sartre développera, non sans résoudre par avance des difficultés que ce dernier mettra du temps à apercevoir.


Maxime Chastaing (1913-1997) est une figure méconnue de la pensée française. Professeur de psychologie à l’université de Dijon à partir des années 1950, inspiré par Wittgenstein et la philosophie du langage ordinaire, lui-même inspirateur de la sociologie de Pierre Bourdieu, il est l’auteur d’une psycholinguistique, d’une doctrine des interactions sociales et d’une théorie de la littérature originales.


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Jean-Marc Rouvière : Au lieu d'être. Vers une métaphysique de l'ici

L'Harmattan - Novembre 2017


Chez les philosophes, le concept de temps prime assez largement sur celui d'espace. "Au lieu d'être" met en avant que l'espace a une influence décisive sur l'être même des choses. Nous distinguons alors « chose » et « objet ». Le second est fait des propriétés géométriques, physiques. . . contenues par la première. Mais en tant que présente au monde, toute « chose » est plus que l'« objet » qu'elle porte. Le verre (outil-pour-boire) en se déplaçant du placard vers la nappe bien qu'étant inchangé « objectivement » devient une autre « chose » (article-d'art-de-la-table). L'être de la « chose » est déterminé par son « ici », qui est tangence entre elle et un support (lui-même une « chose »). "Au lieu d'être" pose un (nouveau) principe métaphysique : « Autant d'ici autant de chose. »

Entretien avec l'auteur sur le site L'oeil de minerve

Jean-Marc Rouvière est l'auteur d'essais philosophiques ou théologiques dont récemment « L'Homme surpris, vers une phénoménologie de la morale » et « Adam ou l'innocence en personne, méditations sur l'homme sans péché ». Thibaud Zuppinger est docteur en philosophie, associé au centre de recherche CURAPP-ESS (CNRS) de l'université de Picardie Jules Verne. Il est fondateur et directeur de la revue électronique Implications Philosophiques. Il a publié en 2016 aux éditions Kimé « Agir en contexte, enquête sur les pratiques ordinaires de l'éthique ».

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vendredi 17 novembre 2017

Paul Valéry : Sur Nietzsche. Lettres et notes

La Coopérative - Novembre 2017


Comme tous les intellectuels de sa génération, Paul Valéry a découvert Nietzsche aux alentours de 1900, grâce aux traductions qui commençaient de paraître au Mercure de France. Pour répondre à la demande de plusieurs revues attendant de lui des articles sur les parutions récentes, Valéry lit à cette époque, crayon en main, les œuvres du philosophe allemand. Au cours de l’hiver 1908-1909, il prend une longue série de notes.
Ces notes inédites, qui ne se trouvent pas dans les célèbres Cahiers, forment le principal élément du dossier rassemblé par Michel Jarrety. Pour les compléter et les éclairer (Valéry ayant finalement renoncé à écrire les articles promis), cet ensemble est précédé d’une série de lettres (à André Gide, à Guy de Pourtalès, et à Henri Albert, premier traducteur de Nietzsche).
Confronté à une pensée forte qui, sur plusieurs points, rejoignait pourtant la sienne, Valéry exprime dans ces pages ses réticences, exerce sa faculté critique avec son acuité habituelle, et nous donne ici plus que jamais l’exemple de ce « lecteur exigeant » qu’il appelait de ses vœux pour sa propre œuvre.

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Pierre Dehez : Théorie des jeux

Economica - Septembre 2017


La théorie des jeux a pour objet la décision interactive. Elle est née dans les années 1940 avec le livre fondateur de John von Neumann et Oskar Morgenstern Theory of games and economic behavior. Cet ouvrage est une introduction, écrite de manière à être accessible à un large public, au-delà de l'économie. Il s'adresse aussi aux étudiants en science politique et en droit, et de manière plus générale, à l'ensemble des étudiants en sciences sociales. À cette fin, l'usage de l'outil mathématique y est volontairement limité et certains développements conceptuels difficiles ne sont pas couverts, comme l'information incomplète ou l'utilité non transférable. Le texte suit un chemin allant du non coopératif au coopératif. Une de ses originalités est de faire la part belle aux jeux coopératifs et à leurs applications normatives.

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Francois Dermange : L'éthique de Calvin

Labor et Fides - Novembre 2017


Calvin doit-il être vu comme le père de la démocratie ou de la théocratie, celui du capitalisme ou de la justice sociale, le défenseur de la grâce ou d’une théologie des œuvres ? Cet ouvrage a la volonté de faire le point en restituant l’éthique du Réformateur dans sa matrice théologique. On s’aperçoit alors que Calvin ne défend pas une éthique mais trois, selon qu’on la regarde du point de vue du Créateur, du Christ ou de l’Esprit saint. Se trouvent alors levées bien des apories apparentes et dégagé un rapport au sens de l’existence, à l’économie et au politique qui fait voir le Réformateur sous un jour nouveau.

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jeudi 16 novembre 2017

Léon Tolstoï : Le refus d'obéissance. Ecrits sur la révolution

L'Echappée - Novembre 2017 - Collection : Le Pas de côté


En 1905, alors que le régime tsariste se désagrège et que les soulèvements se multiplient en Russie, la voix de Léon Tolstoï s’élève au-dessus de la mêlée. Ce chrétien excommunié, constamment en butte à la censure, ne s’en prend pas seulement à l’autocratie ; il critique aussi les desseins des révolutionnaires, libéraux ou socialistes. Il accuse les meneurs urbains de tromper le peuple, de conduire les masses paysannes dans une impasse : celle de la modernisation du pays, de son industrialisation et de son occidentalisation rampante. Peu importe la forme du gouvernement, qu’il s’agisse d’une monarchie absolue ou d’une république sociale-démocrate : puisque celui-ci est fondé sur la violence et l’oppression, il doit être combattu en tant que tel. Dans la lignée de Thoreau et de La Boétie, Tolstoï appelle à l’insoumission.
Le pouvoir d’une minorité reposant sur la servitude volontaire de chacun, il s’agit de refuser d’obéir, de ne plus participer à un régime tyrannique quel qu’il soit. L’affranchissement des travailleurs ne pourra venir que d’eux-mêmes, quand ils décideront de ne plus servir les puissants, quand ils opteront pour le perfectionnement moral, l’entraide et la vie des champs, enracinés sur un sol soustrait à la propriété foncière. La terre et la liberté, l’autodétermination des paysans dans les communes rurales : tel est l’horizon que défend l’anarchiste russe.

Léon Tolstoï (1828-1910), reconnu comme un géant de la littérature, auteur de Guerre et paix et Anna Karénine, a passé les trente dernières années de sa vie à diffuser des écrits politiques et philosophiques constamment censurés par le pouvoir tsariste.

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Jean Quillien : L'image de Humboldt dans la postérité

Eyrolles - Novembre 2017 - Collection : Opuscules


Wilhelm von Humboldt a hautement retenu l’attention de grands noms de la philosophie, tels que Cassirer et Heidegger, comme de la linguistique, tels que Chomsky et Whorf, offrant ainsi un contraste saisissant avec la méconnaissance dont, de manière assez générale, il a été l’objet. La mise au clair de cette curieuse situation conduit à projeter de lui une image aux multiples facettes, entendue ici comme une voie d’accès royale à l’ensemble de son ½uvre tout entière consacrée à l'élucidation de la question : qu'est-ce que l'homme ?

Jean Quillien. Professeur émérite de philosophie à l'Université Charles de Gaulle-Lille 3. Ancien Vice-président de l'Université chargé de la recherche et des publications. Ancien directeur du Centre de recherches Eric Weil et de l'Association "Les Amis d'Eric Weil".

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Helmuth Plessner : Les degrés de l'organique et l'Homme. Introduction à l'anthropologie philosophique

Gallimard - Novembre 2017 - Collection : Bibliothèque de philosophie


Helmuth Plessner (1892-1985) est l'un des fondateurs d'un courant de la pensée allemande encore peu connu en France, l'anthropologie philosophique. Ce mouvement, né dans les années 1920 et illustré par des auteurs comme Max Scheler ou Arnold Gehlen, se propose d'établir le propre de l'homme en le fondant sur une philosophie de la vie. Les Degrés de l'organique et l'Homme, paru en 1928, est l'une de ses expressions majeures. L'ouvrage s'efforce d'identifier la caractéristique essentielle d'un organisme et de rendre intelligible les niveaux d'organisation qu'il est susceptible d'atteindre. Le concept de "positionnalité" permet de mettre en lumière les trois degrés d'activité par rapport au milieu qui correspondent à la plante, à l'animal et à l'homme. Dans cette perspective, le propre de l'homme apparaît tenir à son "excentricité", c'est-à-dire à la façon de faire advenir l'existence d'un "je" capable de tout objectiver sans être lui-même objectivable.

Pierre Osmo : Traduction

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mercredi 15 novembre 2017

Thomas d' Aquin : Commentaire du Traité de l'Interprétation d'Aristote

Les Belles Lettres - Novembre 2017 - Collection : Sagesses médiévales


Le Peryermeneias ou De l'interprétation est le deuxième traité de l’Organon d’Aristote. Ce texte a presque vingt-quatre siècles et le commentaire qu’en fit Thomas d’Aquin à Paris date de 1270. Mais comme Œuvres philosophiques ces deux ouvrages dépassent les limites de leurs époques respectives et atteignent l’universel.Fondateur de la logique, Aristote expose dans son traité la nature et les propriétés de l’énonciation, seul discours apte à dire la vérité. Mais le texte qui nous est parvenu est difficile. C’est pourquoi saint Thomas analyse précisément la lettre du philosophe grec selon une méthode nouvelle pour son époque. Il fait ensuite le point sur certains des commentaires antérieurs au sien, en les dégageant parfois de leurs influences néoplatoniciennes ou arabes par une critique interne à la pensée du Stagirite. Il développe enfin de façon originale nombre de thèmes fondamentaux: vérité de la pensée et de la parole, rôle des mots par rapport aux idées et aux choses, règles logiques pour lever les ambiguïtés du langage, déterminisme et liberté de l’homme face au futur… etc. La pensée contemporaine, riche des apports de disciplines variées, présente souvent sur tous ces thèmes des vues éclatées en savoirs hétérogènes: grammaire, linguistique, psychologie cognitive, logique formelle, épistémologie… L’originalité de la méthode philosophique et donc du Commentaire du Peryermeneias est de nourrir une réflexion qui permet d’accéder au réel dans son unité et donc de jeter une lumière de sagesse sur les interrogations de tous nos savoirs spécialisés.

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François-Xavier Putallaz : Le Mal

Cerf - Novembre 2017


Comment parler du mal ? Comment dire l’innommable ?
Le mal bouleverse nos vies. C’est un fait. Tristesse, douleur ou souffrance font irruption dans chaque existence, avant même qu’on y pense. Mais ses formes les plus variées ont un point commun : le mal n’est pas quelque chose. Il se présente comme une fracture au sein de ce qui est : un parasite n’existant que par le bien qu’il ronge.
Le bien jouit donc d’une primauté absolue, qui nourrit l’espérance : il sera toujours plus fort. L’expérience du malheur témoigne en creux que nous sommes faits pour être heureux.
L’intelligence qui cherche à s’approcher de la question s’efforce ainsi de distinguer, sans les séparer, le mal lui-même et sa résonance subjective. L’entreprise est redoutable, car en ayant le sentiment de faire le bien, l’homme provoque parfois des horreurs, où le mal s’immisce sous couvert de l’amour.

François-Xavier Putallaz enseigne la philosophie à l’université de Fribourg. Il est membre de la Commission nationale d’éthique et du Comité international de bioéthique de l’UNESCO.

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Aurélie Mure : La question de la mort dans la philosophie de Schopenhauer

Dharma - Novembre 2017


De toutes les formes de vie sur Terre c'est sans conteste la vie humaine qui est la plus douloureuse, la plus misérable. L'homme paie au prix fort son privilège de la conscience. Toute grandeur a ses dépendances, toute exception ses misères. De cette analyse de l'impossibilité de la satisfaction il ressort qu'à la limite tout contentement serait interdit à l'homme comme si les aliments, une fois en bouche, perdaient leurs saveurs, devenaient insipides. Ce jeu sempiternel entre souffrance et ennui, sans réelle alternative pour celui qui éprouve seulement la règle des apparences, en vaut-il la chandelle ?
Avec son analyse SCHOPENHAUER retrouve l'enseignement du Bouddha, dans son " Sermon de Bénarès " :
1. Toute vie est souffrance.
2. L'origine de la vie et de la souffrance est le désir.
3. L'abolition du désir entraîne l'abolition de la souffrance.
Dès lors, de deux choses l'une : soit nous continuons instant après instant à nourrir les supplices rémanents issus du désir soit nous choisissons de tirer notre révérence au monde ordinaire. Devrions nous comprendre trop rapidement que Schopenhauer nous encourage à ne plus vivre, à nous suicider puisque la vie n'est que souffrance et la mort insignifiante ? Ou bien ne s'agirait-il pas d'une invitation à trouver le trésor caché par cette existence ?
C'est à partir de la question de la mort (ce qu'elle est, ce qu'elle représente à nos yeux) que nous découvrirons que Schopenhauer tente de formuler une sotériologie, un art de vivre proposant un salut (inspiré, pour la première fois dans l'histoire de la philosophie, de la religion bouddhique), une eschatologie susceptible de faire le pendant à ce que la raison permet de constater : la nature désespérément tragique du réel immédiat. Schopenhauer est un pessimiste de conviction et de raison, c'est pourquoi il est un optimisme d'aspiration et de volonté, si l'on peut utiliser un mot tout autant explosif que maudit sous sa plume.

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mardi 14 novembre 2017

Pierre Caye : Comme un nouvel atlas. D'un état meilleur que la puissance

Les Belles Lettres - Novembre 2017 - Collection : L'Âne d'or


Notre siècle se place sous le signe de la fin des totalités, de la dissémination, de la réalité atomisée, des multiplicités pures. Autrement dit, l’être prend congé de l’un. 
Mais il est aisé de constater que la domination n’a pas pris fin pour autant. La multiplicité à son tour impose son règne, qui a pour nom mondialisation. Ce n’est donc pas le multiple qui nous libère, mais au contraire l’un, si du moins celui-ci se libère de l’être comme l’être s’est libéré de l’un : une unité qui ne conduit donc pas nécessairement à l’unitotalité. 
À cette fin, Comme un nouvel Atlas noue le dialogue entre les trois grands philosophes (Plotin, Proclus, Damascius) du néoplatonisme, qui seul, dans l’histoire de la philosophie, a osé penser la différence radicale de l’un par rapport à l’être. Dans cette perspective, l’un apparaît comme une philosophie de la liberté, susceptible de répondre au primat actuel du monde sensible et du devenir autant et mieux qu’aux formes intelligibles et aux idées éternelles de la cosmologie antique à laquelle cette pensée originellement se rattache. 
Se définit alors un principe, qui tient et maintient le monde sans pour autant le déterminer et moins encore le dominer : un principe meilleur que la puissance. (2016-12-21)

Pierre Caye, ancien élève de l’École Normale supérieure, directeur de recherche au CNRS, a consacré une part importante de ses recherches aux sources antiques de notre culture philosophique, artistique et politique. Il est aussi l’auteur de Critique de la destruction créatrice (Les Belles Lettres, 2015) dont le Nouvel Atlas donne les clefs métaphysiques.

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Jean-Louis Poirier (éd.) : Bibliothèque idéale des philosophes antiques. De Pythagore à Boèce

Les Belles Lettres - Novembre 2017


« Paradis de l’esprit humain », selon le mot de Hegel, la pensée antique ne cesse de nous apprendre à philosopher. 
Ce livre devrait donner une idée de ce qu’aucun livre, aucune bibliothèque ne peuvent enfermer ! Et d’abord la beauté même, et la grandeur d’un classicisme libre : ce miracle qui affleure dans tant de pages de Platon ou de Cicéron, dans l’énergie de Lucrèce, dans la lucidité de Sénèque.
Mais une bibliothèque idéale des philosophes antiques ne pouvait pas non plus laisser de côté cette autre façon quelque peu décalée dont la philosophie antique elle-même se met en question, en se réfléchissant ou en s’ouvrant au monde oriental : on lira, on découvrira, Plutarque, Porphyre, Origène, Philon, Hermès Trismégiste et tant d’autres joyaux de l’esprit humain d’une actualité constante et d’une profondeur qui ne cesse de donner à penser. (2016-12-21)

Jean-Louis Poirier est philosophe et spécialiste de l’Antiquité, collaborateur de l’édition des Présocratiques et des Épicuriens à la Bibliothèque de la Pléiade, auteur de nombreux articles et d’ouvrages publiés aux Belles Lettres.

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Saverio Ansaldi : Fureurs et mélancolie. Philosophie, théologie et poésie à la Renaissance

ENS Editions - Novembre 2017 - La croisée des chemins


Que signifie s'interroger sur des modes de vie qui dépassent l’ordinaire ? Quelles sont les formes d’affirmation d’une puissance humaine excessive et démesurée ? La fureur et la mélancolie peuvent-elles représenter le modèle anthropologique de cette puissance ? Cet ouvrage se penche sur ces questions en étudiant les auteurs majeurs de la Renaissance qui ont mis la fureur et la mélancolie au centre de leur philosophie, à commencer par Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Léon l’Hébreu et Giordano Bruno. Il apparaît ainsi que tout en étant liées par une relation constitutive, la fureur et la mélancolie n’en suivent pas moins des lignes de développement propres, faisant état d’une relative autonomie l’une à l’égard de l’autre. Sans l’excès ou la démesure exprimés par une puissance furieuse, il n’existe pas d’actes ou des paroles proprement « créatrices », puisque tout acte de création implique une transformation profonde des règles habituelles – soient-elles éthiques, politiques ou esthétiques.

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lundi 13 novembre 2017

Judith Butler : Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif

Editions Amsterdam - Novembre 2017


Dans Le Pouvoir des mots, Judith Butler analyse les récents débats, souvent passionnés, sur la violence verbale dirigée contre les minorités, sur la pornographie et sur l’interdiction faite aux homosexuels membres de l’armée américaine de se déclarer tels. Il s’agit pour elle de montrer le danger qu’il y a à confier à l’État le soin de définir le champ du dicible et de l’indicible. Dans un dialogue critique avec J. L. Austin, le fondateur de la théorie du discours performatif, mais aussi avec Sigmund Freud, Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida et Catharine MacKinnon, elle s’efforce d’établir l’ambivalence de la violence verbale (du hate speech) et des discours homophobes, sexistes ou racistes : s’ils peuvent briser les personnes auxquelles ils sont adressés, ils peuvent aussi être retournés et ouvrir l’espace d’une lutte politique et d’une subversion des identités.

Judith Butler enseigne à l’université de Californie (Berkeley). Elle est entre autres l’auteure de Trouble dans le genre (La Découverte), du Pouvoir des mots (Éditions Amsterdam), d’Humain, inhumain : le travail critique des normes (entretiens, Éditions Amsterdam) et de Défaire le genre (Éditions Amsterdam).

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Alain Badiou : De l'idéologie à l'idée

Mimesis - Novembre 2017


Depuis la fin des années 1990, la réflexion philosophique d'Alain Badiou s'oriente vers le thème de l'Idée, associée à la dialectique absolue de l'universalité créatrice. Quel est le rapport entre le rôle de la philosophie et les fameuses quatre procédures de vérité ? Pourquoi choisir de revenir sur la thématique de l'Idée dans le cadre d'une nouvelle dialectique " matérialiste " ? Ce livre essaie de répondre, sous forme d'entretien, à toutes ces questions en apportant un éclairage sur les débuts de l'activité philosophique d'Alain Badiou, marqués par les débats qui animaient le groupe des Cahiers pour l'analyse dans les années 1960. L'analyse des concepts d'idéologie et de dialectique permettra de reconstruire la généalogie de l'oeuvre badiousienne.

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Collectif : Maurice Blanchot, colloque de Genève. La littérature encore une fois

Ed. Furor - Octobre 2017


L’œuvre de Blanchot est faite de récits. De récits romanesques, de récits critiques, de récits politiques, de récits fragmentés; l’œuvre entière pourrait être lue comme un gigantesque récit. Blanchot raconte, se raconte, raconte son temps, raconte les livres qu’il lit, les théories qu’il discute et qu’il déploie, les événements auxquels il participe. Le tour est dramatique puis, quand la dramatique se mécanise, toujours quelques interventions de langage l’interrompent et la réinventent. Jusqu’au…
silence. La question poétique peut alors commencer: celle des récits, de la vie versée dans les récits.

Certaines questions de moralité, les poéticiens nous l’ont appris, ont été vidées. Sartre demandait, dans le second ensemble de ses Situations: « Qu’est-ce que la littérature ? » Des apprentis sartriens, soucieux de préciser, de rappeler qu’aucun livre devant un enfant mourant ne fait le poids, lui répondaient en répétant une question redoutable : « Que peut la littérature ? » Barthes répliquait dans sa Leçon controversée : «Ce leurre magnifique, qui permet d’entendre la langue hors-pouvoir,
dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle pour ma part: littérature. »

Dans ses essais et ses récits au neutre, portés longtemps par « l’exigence fragmentaire », Blanchot nous dit qu’il arrive que le savoir se libère du savoir, qu’il n’obéisse plus aux mots d’ordre des théoriciens, qu’il résiste même aux théories les plus fictives, qu’il s’allège et nous décontenance, « lorsque la vérité ne constitue plus l’instance à laquelle il lui faudrait finalement se soumettre ». Ce serait à un savoir de ce genre que Blanchot revient sans cesse en montrant, dans son œuvre de critique, que « le
lecteur ne peut savoir ce qu’il sait, et qu’il sait plus qu’il ne sait ».

Les Actes du colloque de Genève ont été introduits par cet argument détaché de L’Entretien
infini:

«— Cette idée, tant de fois proposée et toujours déplacée, c’est que dans la littérature se jouerait quelque affirmation irréductible à tout processus unificateur, ne se laissant pas unifier et elle-même n’unifiant pas, ne provoquant pas à l’unité. C’est pourquoi nous ne pouvons la saisir que par le biais d’une suite de négations, car c’est toujours en termes d’unité que la pensée, à un certain niveau, compose ses références positives. C’est pourquoi aussi la littérature n’est pas vraiment identifiable, si elle est faite pour décevoir toute identité et pour tromper la compréhension comme pouvoir d’identifier. Qu’à côté de toutes les formes de langage où se construit et se parle le tout, parole d’univers, parole du savoir, du travail et du salut, il faille pressentir une tout autre parole libérant la pensée d’être toujours seulement pensée en vue de l’unité, voilà donc ce qui peut-être nous resterait encore au fonddu creuset.
— Du moins momentanément.»

Aux côtés de Heiner Goebbels (dont le travail a été présenté en ouverture du colloque) et de Benoît
Jacquot (auteur d’un film d’après un roman de Blanchot), les Actes rassemblent des textes de

Guillaume Artous-Bouvet, Christophe Bident, Yannick Butel,
Maxime Decout, Jonathan Degenève, Laurent Demanze,
Daniel Dobbels, Heiner Goebbels, Kevin Hart,
Leslie Hill, Benoît Jacquot, Vincent Kaufmann, Chloé Larmet, Jérémie Majorel,
Gilles Philippe, Sylvain Santi, Parham Shahrjerdi, Daniel Wilhem


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dimanche 12 novembre 2017

Johann Michel : Homo interpretans

Hermann - Novembre 2017


Le propre de l’Homme est d’avoir la capacité de donner du sens au monde dans lequel il évolue et de lui attribuer des symboles. Cependant, dans son existence quotidienne, l’être humain n’interprète pas constamment : il ne le fait que lorsque la situation lui semble confuse, lorsqu’il est confronté à un sens trouble ou problématique. Mais qu’est-ce que l’interprétation révèle de l’être humain ? À partir de cette question, Johann Michel renouvelle de manière inédite le champ de l’herméneutique, en frayant la voie à une anthropologie interprétative. Avant d’être un ensemble de technologies savantes appliquées à des champs spécifiques (textes, symboles, actions…), l’herméneutique prend sa source dans des techniques ordinaires d’interprétations (explicitation, clarification, dévoilement…). Pour surmonter la « relativité des interprétations », l’ouvrage prend en même temps le parti pris de montrer les apports d’une herméneutique critique, notamment aux sciences médicales, à la psychanalyse, aux sciences de la nature et aux sciences sociales. La perspective ainsi ouverte par Johann Michel lève l’interdit anthropologique qui pèse sur l’herméneutique depuis Heidegger et permet de refonder la théorie de la connaissance.

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Gilles Lipovetsky : Plaire et toucher. Essai sur la société de séduction

Gallimard - Novembre 2017


Le désir de plaire et les comportements de séduction semblent atemporels, depuis que des espèces se reproduisent par voie sexuelle. Néanmoins, l'hypermodernité libérale marque une rupture majeure dans cette histoire millénaire, tant elle impose à nos sociétés la généralisation de l'ethos de séduction et la suprématie de ses mécanismes. Le mot d'ordre ne paraît plus être de contraindre, ordonner, discipliner, réprimer, mais de "plaire et toucher". La visée du théâtre classique selon Racine est désormais l'une des grandes lois, partout à l'oeuvre, dans l'économie, les médias, la politique, l'éducation. L'économie consumériste sature d'offres commerciales attractives notre quotidien, dominé par l'impératif de captation des désirs, de l'attention et des affects ; le modèle éducatif s'élabore sur la compréhension, le plaisir, l'écoute relationnelle ; dans la sphère politique, l'heure n'est plus à la conviction par la propagande, mais à la séduction par la vidéocommunication, parachevant la dynamique de sécularisation de l'instance du pouvoir. La séduction-monde a provoqué l'émergence d'une individualisation hypertrophiée du rapport à autrui - ultime manière d'agir sur le comportement des hommes et de les gouverner, ultime figure du pouvoir dans les sociétés démocratiques libérales.

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